mozziconacci
robert-teyssier

Portrait décapité,
Photographie Argentique,
Illford 3200, 2020

Mozziconacci Robert-Teyssier est un duo d'artistes (anciennement Collectif-Conversations) dont la production - photographie, texte, vidéo - interroge la fabrique d'un bon paysage. Cette notion, largement discutée par le poète Stéphane Bouquet, envisage le paysage comme une zone diplomatique, une fabrique en perpétuel mouvement. Inventer un bon paysage aujourd’hui, c’est prendre le temps de le regarder dans ce qu’il est, mais aussi les gestes qui l’ont fabriqué et ceux qui continuent de le façonner. Pour eux, il ne s'agit plus de penser le paysage comme un décor mais comme un espace d'accueil agissant, un lieu réceptacle de relations possibles.

Leurs photographies se situent autour du lac de Naussac, à quelques kilomètres du hameau de Lavillatte situé sur le plateau Ardéchois. Le lac et son barrage ont une histoire particulière car ils se sont trouvés associés aux luttes des années 70, dans le sillage du Larzac. En plus de bouleverser le paysage, cette construction témoigne du devenir des « moins bonnes terres » au tournant du XXème sicèle : intégration forcée des petits paysans dans une agriculture globalisée, fin des utopies, invention de nouvelles pratiques. Dans cette manière d’aménager le(s) territoire(s) se retrouvent condensées différentes strates de passé, autant de lignes qu’il revient de déplier.

Leurs séries (ré)ouvrent ce chantier et matérialisent la première étape d'un travail de terrain au long cours : compilation d'archives, arpentage des terres, prises de vues directes. Leurs négatifs sont toujours envisagés comme de nouveaux espaces possibles à parcourir en post-production. Ils appliquent à cette matière argentique les mêmes gestes que ceux des géologues à la croute terrestre : observer, fouiller, creuser, prélever; rendre visible. Il s’agit pour eux de retailler dans les paysages photographiés de nouveaux paysages, plus secrets, moins directs, légendables. Des fragments à relier les uns aux autres, comme autant de scènes possibles qui ouvriraient sur des récits passés, présents, futurs.